Débats

Les politiques de conservation, tant dans le domaine des productions artistiques que
dans celui du patrimoine naturel, s’appuient de plus en plus sur des critères objectifs
qui ont pour objet d’éliminer toute référence aux valeurs émotionnelles et
individuelles. Cette démarche, consistant à confier aux seuls experts, à ceux qui
détiennent la connaissance, le choix d’attribuer le mérite (d’être protégé, d’être
conservé) n’est pas complètement partagé par un public qui reste attaché à des
valeurs subjectives.
Cette thématique nous renvoie immédiatement aux questions fondamentales de
l’origine et du sens de la vie : faire le choix de la conservation, c’est-à-dire vouloir
garder les preuves d’une évolution passée en l’inscrivant dans un présent infini, c’est
implicitement admettre que les réponses à ces questions fondamentales sont
connues. Pourtant, au-delà des histoires sur l’origine du monde, la science elle-même
n’a toujours pas réussi à satisfaire notre besoin de compréhension de l’univers.

Ce contenu a été publié dans débat. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Débats

  1. emmanuele dit :

    En regardant Lady Gaga, je trouve cette oeuvre très contemporaine et originale et il en émane véritablement une émotion d’ordre esthétique. Il y a peu, j’étais avec un ami à Beaubourg et nous avons passé la tête dans les Galeries contemporaines. On y présentait le travail d’un jeune artiste français reconnu par le milieu de l’art contemporain. Je suis passé d’abord un peu rapidement car mon oeil n’a pas été attiré par une proposition particulière mais en prenant le dépliant qui accompagnait l’exposition j’ai compris qu’il y avait une vraie réflexion accompagnant ce travail. Cela me pose cependant un problème. Si les questions que se pose l’artiste (ou qu’il nous pose) ne sont pas perceptibles directement dans son travail mais nécessitent l’analyse d’un mode d’emploi, qui finalement explique tout, alors la réalisation est probablement superflue.

    • Vous devez parler de l’expo de Cyprien Gaillard, lauréat du prix Marcel Duchamp cette année ; nous avons eu cette même impression : intérêt pour l’idée, mais pas d’émotion au simple regard des œuvres.
      « Si les questions [...] ne sont pas perceptibles [...] la réalisation est probablement superflue » :
      L’accessibilité du propos est peut-être liée au public ciblé ? Le propos de la publicité, ou des dessins humoristiques, est souvent directement accessible, parce qu’ils s’adressent au public le plus large. Celui de l’art contemporain … ne s’adresse parfois qu’à lui-même, ésotérique, voire incompréhensible. Quant à la superfluité de la réalisation, chacun se fera son avis : le public averti qui a jugé la proposition de Cyprien Gaillard et lui a attribué un prix n’a semble-t-il pas été de cet avis.
      Néanmoins, sans tomber dans l’aigreur de Jean Clair et de son « Hiver de la culture » (qui ne s’adresse finalement qu’à une partie du champ de l’art actuel), nous constatons et regrettons également ce décalage entre la qualité d’un propos et la dimension esthétique de la proposition plastique.
      Pour notre part, nous cherchons à produire une émotion esthétique autant qu’un discours, mais considérons que l’émotion esthétique doit être la porte d’entrée du discours et non l’inverse. Nous ressentons une grande satisfaction lorsque découvrant une œuvre, celle-ci nous touche dans sa dimension esthétique et nous invite ainsi à découvrir son propos, propos dont la connaissance augmente l’appréciation esthétique de l’œuvre. Nous tentons, dans nos propositions, de suivre cette démarche.
      Alessandro Baricco, dans un essai sympathique (« L’âme de Hegel ou les Vaches du Wisconsin ») fustige la musique atonale en lui reprochant de ne se produire que pour elle même, ayant oublié en chemin l’émotion qui reste au centre de l’appréciation esthétique.
      Qu’est-ce que l’art s’il ne véhicule plus d’émotions ? Folie ? Science ? Philosophie ? Peut-être un objet de curiosité pour les Shadock …